Introduction

Six semaines avec la PRS SE Custom 24, et le constat s’impose : c’est la guitare que nous avons attrapée par défaut, quel que soit le style au programme de la journée. Clean funky en split, arpèges cristallins, riffs rock, lead saturé : elle fait tout à un niveau que peu d’instruments de cette gamme atteignent, avec une finition qui frôle l’insolence pour le tarif. Son vrai défaut est le revers de sa qualité première : à force d’être bonne partout, elle n’est la meilleure nulle part, et les puristes du twang ou du grain Gibson garderont leurs références. Pour tous ceux qui veulent une seule guitare capable de suivre toutes leurs envies, elle mérite sa place tout en haut de la liste.

Design et construction

La SE Custom 24 reprend la silhouette double cutaway qui définit PRS depuis 1985 : corps en acajou, table en érable bombée coiffée d’un placage d’érable flammé, et ces repères de touche en forme d’oiseaux qui signent la marque au premier coup d’œil. Notre exemplaire en finition Charcoal Cherry Burst est objectivement superbe, avec un dégradé profond et un vernis sans le moindre défaut. Soyons précis sur un point : la figuration spectaculaire vient d’un placage fin posé sur la table érable, pratique standard sur ce segment, mais il faut le savoir avant de croire acheter une table massive flammée.

Le manche collé en érable adopte le profil Wide Thin du millésime récent : large au sillet mais fin d’épaisseur, il vise le confort des jeux véloces sans tomber dans l’extrême des manches ultra-plats. Les 24 frettes sont parfaitement finies sur notre exemplaire, sans arête agressive, et l’accès aux aigus est total grâce au double pan coupé. Le diapason de 635 mm, intermédiaire entre Fender et Gibson, résume la philosophie de l’instrument : la tension reste souple pour les bends tout en gardant de la définition dans les graves.

Le vibrato PRS moulé est l’un des meilleurs arguments de la guitare. Conçu pour un usage musical, vibrato doux et plongées modérées, il revient à l’accord avec une fiabilité qui rend l’accordeur presque décoratif en cours de set. Les mécaniques maison tiennent leur rôle sans faiblesse. La housse fournie est correctement rembourrée, suffisante au quotidien, sans rivaliser avec un étui rigide.

Sonorités

Les humbuckers 85/15 « S » sont la déclinaison indonésienne des micros américains du même nom, et ils s’en sortent avec les honneurs. En position chevalet, le son est plein, précis, avec un aigu présent mais civilisé : les riffs saturés gardent leur définition, les power chords ne s’écrasent pas. En position manche, on obtient un lead chantant et rond qui encaisse très bien la disto, avec ce sustain confortable qu’apportent le corps acajou et le manche collé.

Le push-pull de tonalité change la donne côté polyvalence. Micros splittés, la guitare bascule dans un registre clair et nerveux crédible : les cocottes funk et les arpèges brillants passent réellement, là où beaucoup de splits ne produisent qu’un humbucker anémié. Une Stratocaster conserve plus de caractère et de cloche sur ces sonorités, mais l’écart est assez faible pour qu’une seule guitare suffise sur scène quand le set mélange les styles.

Face aux références du genre, le verdict est cohérent : moins de gras et de rugosité qu’une Les Paul Standard sur les gros sons vintage, moins d’agressivité chirurgicale qu’une Ibanez RG550 pour le shred, mais une capacité unique à naviguer entre ces territoires sans jamais sonner faux. C’est le propre des PRS, et la SE l’assume pleinement.

En conditions réelles

Sur six semaines, la SE Custom 24 a enchaîné répétitions, une soirée jam aux styles imprévisibles et beaucoup de travail à la maison. C’est dans ce contexte de polyvalence imposée qu’elle brille : un seul instrument, un push-pull, et chaque morceau trouve son son en quelques secondes. L’équilibre sur sangle est excellent, sans piqué du manche, et le poids modéré épargne le dos sur les longues sessions.

La stabilité d’accord mérite d’être soulignée : vibrato utilisé sans retenue raisonnable, bends appuyés, la guitare tient l’accord sur une répétition entière. Seule limite constatée, les plongées profondes à la Vai finissent par déplacer légèrement l’accordage, ce vibrato n’étant pas un système bloquant. Le jeu au médiator près du chevalet révèle par ailleurs un placement du micro un peu haut d’usine sur notre exemplaire, corrigé en deux tours de tournevis, seul réglage que nous ayons eu à faire.

Rapport qualité/prix

Sous la barre symbolique du millier d’euros, la SE Custom 24 offre un niveau de lutherie, de finition et de contrôle qualité que la concurrence directe peine à égaler avec cette constance. Le vibrato fiable, le split réellement utilisable et la housse fournie complètent un ensemble sans zone d’ombre majeure. La décote est faible sur le marché de l’occasion, signe d’une réputation solidement établie.

Il faut simplement acheter cette guitare pour ce qu’elle est : une généraliste de très haut niveau, pas une spécialiste. Les micros, très bons, restent un cran sous les versions américaines en finesse de détail, et ceux qui cherchent un caractère sonore tranché trouveront des personnalités plus marquées ailleurs. Pour un premier « gros » achat après une guitare d’entrée de gamme, notre comparatif des meilleures électriques pour débuter rappelle d’où l’on part ; la SE Custom 24 est typiquement la destination.

Verdict final

La PRS SE Custom 24 est la définition actuelle de la guitare à tout faire réussie : construction irréprochable, vibrato stable, palette sonore immense grâce au split, et une jouabilité qui ne se fait oublier qu’au bout de plusieurs heures, ce qui est le meilleur compliment possible. Six semaines durant, elle a rendu chaque autre guitare de la maison un peu moins indispensable.

Elle s’adresse au guitariste polyvalent qui navigue entre clean, crunch et saturation au sein du même set, à celui qui veut une seule guitare sérieuse plutôt que trois moyennes, et à quiconque monte en gamme depuis un instrument de débutant. Les puristes d’un seul style, twang Telecaster, grain Les Paul ou shred extrême, resteront sur leurs références dédiées. Pour tous les autres, difficile de dépenser mieux dans cette gamme de prix.

Prix indiqués à titre indicatif.


Test réalisé sur six semaines, en répétition, en jam et à la maison, sur amplis à lampes et à modélisation, du clean funk au métal modéré, avec comparaison directe face à une Les Paul Standard, une Stratocaster Player II et une RG550.