Test Epiphone 1960 Les Paul Special Double Cut Reissue : avis après 6 semaines

Introduction
Six semaines avec l’Epiphone Inspired by Gibson Custom 1960 Les Paul Special Double Cut Reissue en TV Yellow, et le verdict est net : c’est l’une des Epiphone les plus abouties que nous ayons eues entre les mains. Les deux P-90 Gibson Custom fabriqués aux USA sonnent superbement, la prise en main est excellente, la finition ne souffre aucun reproche et l’étui rigide est dans le carton. Un seul vrai défaut, mais il est de taille : notre exemplaire pèse 4,3 kg, le poids d’une Les Paul Standard sur une silhouette qui a toujours été celle d’une guitare légère.
Le modèle fait partie de la série « Inspired by Gibson Custom », lancée en 2024 et renouvelée en avril 2025 avec huit modèles (quatre Les Paul, deux Firebird, une SG et une ES-335), dont cette 1960 Special Double Cut. Le principe de la gamme : une lutherie Epiphone, mais des composants prélevés chez Gibson (micros USA, potentiomètres CTS, condensateurs papier huilé, câblage à la main) et un étui rigide. La Special est la plus abordable des Les Paul de la série, à 999 €, juste sous la barre symbolique des 1 000 €. La Special double pan coupé de 1960 est un choix de réédition malin : c’est l’une des Gibson d’époque les plus recherchées par les amateurs de P-90, et l’équivalent Gibson USA actuel coûte 70 % de plus, la réédition Custom Shop quatre fois plus.
Design et construction
La Special de 1960, à la lettre
Le dessin reprend la Les Paul Special double pan coupé telle que Gibson la produisait entre 1959 et 1960 : un corps plat en acajou massif, sans table ni galbe, deux pans coupés symétriques, deux P-90 Soapbar à capots noirs sur un pickguard noir, le sélecteur déplacé à côté du chevalet, au-dessus de quatre potentiomètres à boutons « top hat ». La finition TV Yellow Vintage Gloss, un vernis fin qu’Epiphone présente comme plus proche de l’aspect et du toucher d’un nitrocellulosique, rend bien la teinte beurre frais des originales sans virer au jaune citron. Vue de près, cette guitare ne fait pas « copie » : les proportions, le pickguard, la plaque de mécaniques three-on-a-plate à boutons blancs et surtout la tête « open book » Gibson, avec sa découpe en livre ouvert, composent un ensemble crédible. C’est le marqueur de la série Inspired by Gibson Custom : Epiphone y abandonne sa tête maison au profit de la silhouette Gibson, logo Epiphone en nacre compris, et c’est le détail qui, de loin, empêche de distinguer la guitare d’une Special de Kalamazoo.
La finition est le premier point sur lequel notre exemplaire marque des points. En six semaines, nous n’avons trouvé aucun défaut : pas de coulure de vernis, pas de frette qui accroche, pas de jeu dans les potentiomètres, pas de bavure autour des cavités. L’instrument est arrivé bien réglé, action et intonation comprises, sans qu’il soit nécessaire d’y toucher avant de jouer. On est à un niveau de contrôle qualité que l’on ne rencontre pas toujours sur les Epiphone courantes, et c’est précisément ce que l’étiquette « Inspired by Gibson Custom » doit garantir à ce prix.
Manche et jouabilité
Le manche en acajou une pièce adopte le profil 60s SlimTaper, plus fin que le gros manche 50s des Standard, et c’est l’une des grandes réussites de la guitare : la main gauche s’y installe immédiatement, barrés comme solos. La touche en palissandre avec son radius de 305 mm (12 pouces) et ses 22 frettes medium jumbo accepte les bends larges sans frisage, et le sillet Graph Tech de 43 mm fait proprement son travail. Le double pan coupé change réellement la donne par rapport à une Les Paul classique : la jonction corps-manche est reculée, et la 22e frette se joue sans contorsion, comme sur l’Epiphone Coronet, sa cousine de 1958 pensée à l’origine comme guitare d’étudiant.
Le wraparound historique mérite une explication. C’est un chevalet-cordier d’une seule pièce, fidèle aux originales, dont l’intonation ne se règle que globalement, via deux vis latérales. Il ne permet pas la précision d’un tune-o-matic à pontets individuels, et les maniaques de la justesse parfaite dans les aigus devront composer avec. En contrepartie, la tenue d’accord s’est révélée plutôt bonne sur nos six semaines : la guitare ne se désaccorde pas en jeu normal, ce qui n’est pas acquis avec ce type de chevalet. Le réglage d’usine soigné, le sillet Graph Tech et des mécaniques bien ajustées y sont pour beaucoup.
Le poids, le vrai sujet
Il faut maintenant parler de ce qui fâche. Posée sur la balance, notre Special affiche 4,3 kg. Epiphone n’annonce aucun poids officiel, mais les exemplaires pesés par les revendeurs tournent plutôt autour de 3,4 à 3,9 kg : le nôtre est donc dans le haut de la fourchette, et pèse autant qu’une Les Paul Standard, là où l’on attend d’une Special plate en acajou une guitare nettement plus légère. L’explication est simple : un corps en acajou massif sans aucun allègement, dans une planche épaisse, et la densité du bois fait le reste. Assis, on ne s’en rend compte qu’à moitié. Debout, en sangle, sur une répétition de deux heures, l’épaule s’en souvient. L’équilibre est correct, pas de piqué de tête, mais le poids reste la seule chose qui nous a fait hésiter à sortir cette guitare plutôt qu’une autre. Si c’est un critère déterminant pour vous, pesez l’exemplaire avant achat : la variabilité d’une planche d’acajou à l’autre peut faire gagner plusieurs centaines de grammes.
Sonorités
Deux P-90 Gibson Custom, et ça s’entend
Les micros sont l’argument numéro un de cette réédition, et ils tiennent la promesse. Ce sont de vrais P-90 Soapbar Gibson Custom fabriqués aux USA, les mêmes que Gibson monte sur ses propres instruments, câblés à la main sur des potentiomètres CTS et des condensateurs Bumblebee papier huilé. Nous l’avons jouée six semaines sur un Fender Pro Junior IV, en clean pur, puis avec une reverb à ressort et la double overdrive Browne Amplification Protein devant l’ampli. Nos notes tiennent en une phrase : les deux micros sont excellents, et la guitare sonne tout simplement très bien, quel que soit le maillon de cette chaîne. On retrouve le caractère du P-90, ce grain à la fois rond et mordant, plus charnu qu’un simple bobinage de Stratocaster, plus ouvert et détaillé qu’un humbucker, avec une attaque qui accroche dès que l’on appuie le médiator.
Entre les deux positions, nous avons noté un niveau de sortie légèrement plus élevé sur le micro manche, plus grave et plus plein, quand le micro chevalet apporte la définition et le tranchant. La position intermédiaire marie les deux sans creuser le son. Devant la Protein, dont le canal vert type « Nashville » reste doux et le canal bleu pousse plus loin, les P-90 gardent leur définition : chaque corde reste lisible dans l’accord, et l’empilement des deux canaux ne transforme pas le son en bouillie. Avec la reverb à ressort devant le Pro Junior, qui n’en a pas, le micro manche en clean donne une réverbération généreuse sans perdre l’attaque. Les potentiomètres CTS ont une course progressive et réellement utile : baisser le volume de la guitare nettoie le son sans l’éteindre, baisser la tonalité l’arrondit sans le noyer, ce qui est exactement ce que l’on attend d’une électronique de ce niveau et ce que peu de guitares à moins de 1 000 € offrent.
Ronflette : la bonne surprise
Un P-90 est un simple bobinage, il capte par conception les parasites électriques, et c’était notre principale réserve sur la Coronet. Ici, sur six semaines, aucune ronflette gênante à signaler dans des conditions domestiques et de répétition normales. Nous ne prétendrons pas qu’elle disparaît à très fort gain près d’un écran, c’est physiquement impossible, mais au quotidien la guitare est restée silencieuse. Le blindage des cavités et la qualité du câblage y contribuent sans doute.
Les limites
Elles sont celles du format, pas de l’exécution. Une Special à deux P-90 couvre le blues, le rock classique, le garage, le punk, l’indie, et une bonne part du jazz avec la tonalité baissée. Elle ne couvre pas le silence absolu et la compression d’un humbucker à haut niveau de sortie pour le métal moderne, ni les cleans cristallins d’une Stratocaster. Si vous cherchez une guitare à tout faire, ce n’est pas elle ; si vous cherchez le son P-90 dans ce qu’il a de plus abouti, elle est difficile à prendre en défaut.
En conditions réelles
Au quotidien, la Special s’est révélée d’une prise en main excellente : le manche SlimTaper, l’accès aux aigus dégagé, le réglage d’usine impeccable et une électronique qui répond au doigt font qu’on la branche dans le Pro Junior et qu’on joue, sans phase d’apprivoisement. Le petit combo Fender à 15 W est un partenaire logique pour une Special : ses deux seuls réglages, volume et tonalité, et le médium naturel des P-90 se complètent, la Protein apporte les étages de gain que l’ampli n’a pas, la reverb à ressort l’espace. La tenue d’accord n’a jamais interrompu une session. L’étui rigide fourni, un modèle vintage marron à intérieur rose sérigraphié « Inspired by Gibson Custom », est de bonne facture et change la donne par rapport aux Epiphone livrées en housse ou sans rien : c’est un poste de 100 à 150 € économisé, et la guitare voyage protégée dès le premier jour.
Le poids reste le seul point qui a pesé, au sens propre, sur ces six semaines. Assis à la maison, on l’oublie ; debout en répétition, on choisit la sangle large et rembourrée. Rien d’autre à signaler côté entretien : un wraparound et quatre potentiomètres se nettoient en quelques minutes, notre guide d’entretien suffit.
Rapport qualité/prix
À ≈ 999 €, la 1960 Les Paul Special Double Cut Reissue est une Epiphone chère, mais elle ne joue pas dans la même catégorie que les Epiphone courantes.
| Modèle | Micros | Électronique | Étui | ≈ Prix | Pour qui |
|---|---|---|---|---|---|
| Epiphone 1960 LP Special DC Reissue | 2 P-90 Gibson Custom USA | CTS + Bumblebee, câblage main | Rigide inclus | ≈ 999 € | Le son P-90 Gibson sans le prix Gibson |
| Epiphone Coronet | 1 P-90 PRO Dogear | Standard | Non fourni | ≈ 375 € | Le rockeur qui veut un P-90 brut à petit prix |
| Epiphone Les Paul Special DC | 2 P-90 PRO Soapbar | Standard | Housse incluse | ≈ 517 € | La même silhouette à budget contenu |
| Gibson Les Paul Special Double Cut (USA) | 2 P-90 Gibson | Orange Drop, câblage main | Rigide inclus | ≈ 1 719 € | Le puriste qui veut le logo Gibson et le vernis nitro |
Le calcul est simple : les micros Gibson Custom USA, les potentiomètres CTS et les condensateurs Bumblebee représentent à eux seuls, achetés séparément, une part significative des quelque 480 € d’écart avec l’Epiphone Les Paul Special DC classique, même silhouette et même corps en acajou, et l’étui rigide fait le reste. De l’autre côté, la Gibson Les Paul Special Double Cut fabriquée aux USA coûte environ 70 % de plus pour une recette très proche : mêmes bois, deux P-90, wraparound, étui inclus. Elle aussi est câblée à la main, avec des condensateurs Orange Drop ; ce qu’elle apporte en plus, c’est le vernis nitrocellulosique et le logo sur la tête, et ce que l’Epiphone apporte en plus, ce sont les condensateurs Bumblebee papier huilé et les cotes historiques de 1960. La vraie réédition Gibson, la 1960 Les Paul Special Double Cut Reissue VOS du Custom Shop, est à ≈ 3 999 €, quatre fois le prix de l’Epiphone. Face à une Gibson Les Paul Standard à près de trois fois le prix, la Special joue évidemment une autre partition, mais elle partage un point commun inattendu : le poids. Pour comprendre d’où vient cette silhouette et pourquoi la version double pan coupé de 1959-1960 est si recherchée, notre histoire de la Gibson Les Paul remet le modèle en perspective.
Verdict final
Pour qui ?
Idéale pour :
- L’amateur de P-90 qui veut les micros Gibson USA, l’électronique sérieuse et l’étui, sans dépasser 1 000 €
- Le joueur de blues, rock, garage ou indie qui cherche une guitare de caractère et un manche fin
- Celui qui a été déçu par la finition d’Epiphone courantes et veut un instrument irréprochable dès la sortie du carton
- Le collectionneur raisonnable qui vise les cotes de la Special DC de 1960 sans le tarif Custom Shop
Moins adaptée pour :
- Ceux qui attendent d’une Special le poids plume historique : le poids varie fortement d’un exemplaire à l’autre, et le nôtre accuse 4,3 kg
- Le métal moderne, qui réclame humbuckers et haut niveau de sortie
- Les maniaques de l’intonation parfaite, que le wraparound d’époque frustrera
Notre avis
En six semaines, l’Epiphone 1960 Les Paul Special Double Cut Reissue nous a convaincus sur tout ce qui compte pour une guitare de ce type : des micros P-90 de très haut niveau, une électronique à la hauteur, une prise en main excellente, une tenue d’accord fiable et une finition sans défaut. Elle est arrivée bien réglée, dans un étui rigide de qualité, et elle fait « très qualitative » du premier au dernier jour. Le poids est son seul vrai défaut, et il n’est pas anodin : 4,3 kg sur une Special, c’est beaucoup, et c’est le point à vérifier sur l’exemplaire que vous achèterez. Si votre épaule l’accepte, c’est la meilleure manière d’obtenir aujourd’hui le son P-90 Gibson sans payer le prix Gibson.
Prix indiqués à titre indicatif.
Test réalisé pendant 6 semaines sur Fender Pro Junior IV, avec une reverb à ressort et une Browne Amplification Protein, exemplaire en finition TV Yellow pesé à 4,3 kg.
Points forts
- Deux P-90 Gibson Custom USA de très haut niveau, sans ronflette gênante
- Finition et assemblage irréprochables, réglage d'usine soigné
- Manche SlimTaper 60s très agréable, accès aux aigus total
- Tête « open book » Gibson : la silhouette de l'originale, enfin
- Électronique sérieuse : potentiomètres CTS, condensateurs Bumblebee, câblage main
- Étui rigide de qualité fourni
Points faibles
- Lourde : 4,3 kg sur notre exemplaire, le poids d'une Les Paul Standard
- Wraparound d'époque : intonation globale, moins fine qu'un tune-o-matic
- Palette sonore volontairement limitée à l'univers P-90
Questions fréquentes
Quelle différence entre l'Epiphone 1960 Les Paul Special Double Cut Reissue et la Les Paul Special Epiphone classique ?
La Reissue appartient à la série Inspired by Gibson Custom : micros P-90 Gibson Custom fabriqués aux USA, potentiomètres CTS, condensateurs Bumblebee, câblage à la main, finition Vintage Gloss et étui rigide inclus. La Les Paul Special d'entrée de gamme garde des micros Epiphone, une électronique standard et une simple housse, pour environ la moitié du prix.
L'Epiphone 1960 Les Paul Special Double Cut est-elle lourde ?
Oui, c'est son principal défaut. Notre exemplaire pèse 4,3 kg pour un corps acajou plein sans allègement, soit le poids d'une Les Paul Standard. En sangle sur une longue répétition, cela se sent. Si le poids est un critère décisif, pesez l'exemplaire en magasin ou demandez-le au vendeur avant d'acheter.
Les micros P-90 de la Reissue ronflent-ils beaucoup ?
Les P-90 sont des simples bobinages et captent par nature les parasites, mais sur six semaines nous n'avons pas constaté de ronflette gênante avec cette guitare. Les deux micros Gibson Custom USA restent silencieux dans des conditions domestiques et de répétition normales ; seuls un gain très élevé ou un environnement électriquement chargé la feront ressortir.
Le chevalet wraparound tient-il l'accord ?
Plutôt bien. Le wraparound historique à vis d'intonation ne permet qu'un réglage global de la justesse, mais sur notre exemplaire, livré bien réglé, la guitare ne se désaccorde pas en jeu normal. La tenue d'accord est bonne pour ce type de chevalet, aidée par le sillet Graph Tech et les mécaniques three-on-a-plate correctement ajustées.
La 1960 Les Paul Special Double Cut vaut-elle ses 1 000 € face à une Gibson ?
Pour une guitare fabriquée en Asie, le tarif est élevé, mais les composants justifient l'écart avec les Epiphone courantes : micros, potentiomètres et condensateurs sont ceux que Gibson monte sur ses propres instruments. La Gibson Les Paul Special Double Cut fabriquée aux USA coûte environ 70 % de plus, et la réédition Custom Shop VOS de la 1960 quatre fois plus. La Reissue est le compromis le plus cohérent pour qui veut le son P-90 Gibson sans le prix Gibson.